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Bibliothèque départementale de la Creuse

Culture et lecture près de chez vous

White, Kenneth

Poète voyageur
Essayiste
Professeur de poétique du XXe siècle à l'université Paris 4 (en 1990)
Glasgow (GB)
Carolyn Carlson / [photogr. de] Delahaye ; préf. et poèmes de Kenneth White, 1988
Dictionnaire universel des littératures / publ. sous la dir. de Béatrice Didier, 1994
L'itinéraire de Kenneth White, 1990
Kenneth White / JP Cayeux. CDDP de l'Eure, cop. 1997
Kenneth White et la Bretagne / Jean-Yves Kerguelen, 2002

Wikipédia


Enfance et adolescence



Kenneth White est né le date-|28 avril 1936 à Glasgow. Il passe son enfance et son adolescence à Fairlie, sur la côte ouest de l'Écosse. Cette période de sa vie est marquée par sa famille et en particulier son père, cheminot et socialiste, ainsi que son grand père, un artiste travaillant dans un cabaretSfn|id=Candeur|texte=White 1964|p=52. Ainsi, dans son livre intitulé En toute candeur, Kenneth White consacre plusieurs pages à des portraits de sa famille. Ce livre contient par ailleurs d'autres moments marquants de sa jeunesse qui sont décrits sobrement pour appuyer l'impact qu'ils ont eu sur sa vie, mais également pour essayer de restituer la sensation de découverte du monde par un enfant. Par exemple, la première partie nommée Les collines matricielles, parle d'une marche en hiver dans la lande enneigée, à l'arrivée d'un orage :
Citation bloc|Il n’y a que le grand espace nu et moi en marche dedans. Sous mes pieds la terre sombre. […] Alors tout d’un coup, d’un seul coup, le ciel gris se déchire au nord, et un groupe de collines lumineuses surgissent dans une lumière froide et mate{{Sfn|id=Candeur|texte=White 1964|p=37-38.}}

Ces expériences, vécues comme des études ou des pérégrinations, orienteront profondément ses œuvres. En effet, il s'agit d'un des thèmes principaux de ses premiers livres. Mais paradoxalement, le poète parle peu de son enfance et de son adolescenceSfn|id=Duclos|texte=Duclos 2006|p=20. Toutefois, pour lui, Citation|La géopoétique apparaît comme l'aboutissement, la manifestation finale, intellectuelle, d'une expérience vécue par le poète dès son plus jeune âge dans un contact intime avec la nature élémentale (…).
L’adolescence de Kenneth White est marquée par de nombreuses lectures, avec un appétit pour la culture, ainsi qu’un regard porté sur le monde dans sa diversité. Par l’activité militante de son père socialiste et son oncle communisteSfn|id=Candeur|texte=White 1964|p=51, il est spectateur de nombreux bouleversements socio-politiques, dont il en acquiert une prise de conscience politique. Il adopte dès lors un regard critique sur le monde et la société, non sans un détachement, un recul dont il ne se départira jamais. Ainsi, avant d'avoir écrit son premier livre, il a été témoin de la métamorphose post-industrielle de Glasgow. Il en témoigne dans de nombreux livres, et notamment à travers l’étude d’Adam Smith, philosophe du XVIII}}, premier analyste du capitalisme. Si le monde urbain retient pour une part l'attention du jeune poète, la contemplation de la nature occupe depuis toujours une place prépondérante dans sa sensibilité et son œuvre : Citation|Le paysage terraqué de l'ouest de l'Écosse (…) est omniprésent dans les premiers volumes de poèmes qui condense Citation|les éléments constitutifs de la topographie whitienne (océan, rivage, île, oiseaux, Nord, blancheur){{Sfn|id=Duclos|texte=Duclos 2006|p=26-27}}.

Vie étudiante


Citation|Il publie ses premiers ouvrages à Londres. Ils sont reçus comme se situant tout à fait en dehors des normes britanniques de l'époque{{Sfn|id=Autour|texte=Véronique Porteous, Iconoclasme, espace, dépouillement 1996|p=37}}. Le poète écossais Hugh MacDiarmid a eu une certaine influence sur Kenneth White qui l'a rencontréSfn|id=Duclos|texte=Duclos 2006|p=74-78. Il lui rend hommage par un portraitNote|group=N|texte=Notamment dans {{Ouvrage|auteur=Kenneth White|titre=Les Affinités extrêmes|lieu=Paris|éditeur=Albin Michel|date=2009|pages=210|isbn=978-2-226-19076-5|bnf=FRBNF41427809|id=Affinités et dans Ouvrage|auteur=Kenneth White|titre=Un monde à part|sous-titre=cartes et territoires|lieu=Genève|pages=189|collection=Feuilles d'herbe : géographies(s)|isbn=978-2-940517-79-4|bnf=FRBNF45468718|éditeur=Éditions Héros-Limite|année=2018|id=Monde.}}, en s’en démarquant néanmoins : Citation bloc|Qu’il y ait eu de très grandes lumières dans la tête de MacDiarmid, c’est certain. Que sa poésie soit un stimulant perpétuel pour les sens et l’intellect, cela aussi est certain. Mais si l’on fait le bilan de la Renaissance écossaise, on se trouve aux prises avec un fouillis de petites querelles, d’actions avortées et de discours criards. Pis, on s’enlise vite dans un nationalisme étriqué. La même chose s’était produite en Irlande avec Yeats{{Sfn|id=Monde|texte=White 2018|p=181.}} Ce refus d’une identification culturelle étroite, auquel s’adjoint une analyse du contexte socio-politique, compte parmi les raisons majeures qui le décident à quitter l’Écosse : Citation|Sans doute faut-il savoir regarder bien au-delà des frontières nationales, et chercher de nouvelles coordonnées. Ce qui ne signifie pas négliger les énergies et les lumières spécifiques d’un pays, mais les transférer dans un nouveau contexte{{Sfn|id=Monde|texte=White 2018|p=182.}}
Kenneth White évoque sa vie estudiantine en Écosse : Citation|À l’université de Glasgow, je parcourais tous les rayons de sa très riche bibliothèque, allant de la géologie à la métaphysique, en passant par diverses littératures{{Sfn|id=Monde|texte=White 2018|p=44.}} Après ses études à Glasgow (1954-1956), il est étudiant à Munich (1956-1957), puis à Paris (1959). Il s’installe en France à partir de cette époque, tout en effectuant de fréquents retours en Écosse. C’est dans ce contexte qu’est publié Jargon Papers, pamphlet écrit par Kenneth White dans le cadre d'un groupe qu'il a fondé à Glasgow, The Jargon Group en 1960. Citation|De 1959 à 1968 White va et vient entre la France et l'Écosse. Puis, Citation|C'est en 1967, dans un contexte culturel des plus pauvres, que l'auteur quitte définitivement la Grande Bretagne pour la France. Citation|Le message est clair, le Royaume Uni n'était pas le lieu où pourrait émerger une nouvelle poétiqueSfn|id=Roncato|texte=Roncato 2014|p=178-179.
Après avoir abordé cette période dans plusieurs livres, notamment Les Limbes incandescents, Kenneth White revient sur ces années au gré d’un périple qu’il intitule Un pèlerinage européen (sous-titre du livre La Carte de Guido), et sa période munichoise est « revisitée » au chapitre Les corbeaux de l’Englischer Garten : Citation|C’était en 1956, c’est-à-dire seulement onze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Âge adulte


En 1957, il rencontre en Écosse Marie-Claude Charlut qui devient son épouse en 1959, puis, plus tard, sa traductrice exclusive. Elle va accompagner son parcours et son œuvre, plusieurs livres lui sont dédiés Dérives, Les Archives du littoral, etc., et des hommages ou remerciements lui sont dédiés dans plusieurs autres ouvrages. De même, il accompagne et soutient son travail de créatrice en photographie. Une grande partie des couvertures de ses livres, sont des portraits ou des créations photographiques de Marie-Claude WhiteNote|groupe=N|texte=Notamment issues de la série dite « géomorphoses ».. Ils ont réalisé ensemble plusieurs expositions et un livre d’artiste en 2016, Voyage à Skjolden, édité par Claude Blaizot.

Pour la période aboutissant à 1968 : "En une quinzaine d'années, White a progressivement pris ses distances avec une certaine forme de militantismeSfn|id=Roncato|texte=Christophe Roncato, L'écrivain et la société, 2014|p=185". Si l’œuvre poétique s’affirme d’emblée, Kenneth White manifeste le besoin de bâtir un socle théorique fondé sur des notions clefs telles que le nomadisme intellectuel et se poursuivre par la création de l’Institut international de géopoétique. L’écriture narrative et poétique perdurera tout au long de son œuvre. Kenneth White s’explique sur la question biographique :Citation|La biographie joue un rôle central. On peut suivre une ligne biographique à travers tous mes écrits. À tel point que je parlais à un moment donné de biocosmographie. Il ne s’agit pas de confession. Plutôt de configuration, de conjugaison.